Un monde à portée de main…me tombe des mains

Maylis de Kerangal est une écrivaine brillante dont l’écriture d’Un monde à portée de main en 2018 est, je suis forcé de l’admettre, une vraie performance littéraire. Malgré cela, cette lecture m’a laissé… de marbre. Aussi peu émotif que les bois que Paula, Jonas et Kate s’efforcent de reproduire. Et cet art, les élèves de la rue du Métal l’ont perfectionné jusqu’à maîtriser parfaitement le trompe-l’œil et à devenir de vrais faussaires.

C’est surtout l’histoire de Paula, cette jeune femme qui, au départ, est entourée de ses deux amis mais qui s’éloignent au fur et à mesure. Leur présence, qui au début est constante, devient de plus en plus rare et ne se fait ressentir que par petites touches d’appels et de messages.

L’auteure noie l’intrigue et la question de l’art sous de trop grandes descriptions : de longues énumérations d’outils, de couleurs, de pâtes ou de marbres ensevelissent le voyage du personnage et son histoire dans l’art et  la peinture. Le vocabulaire employé fait que si le lecteur n’est pas peintre, certaines allusions ou techniques lui seront inconnues.  L’auteur adapte son style à la technique qu’elle décrit dans son livre. Ainsi elle semble peindre ici comme elle paraissait disséquer dans Réparer les vivants. Mais, comparé à son précédent roman, celui-ci me déçoit un peu.

L’interrogation de Paula sur la peinture dans la grotte de Lascaux reste intéressante. Elle se demande “si les peintures continuaient d’exister lorsque personne n’est là pour les admirer”. Qui sont donc les peintres en décor ? Des créateurs, des faussaires ou bien encore des interprètes ? C’est justement cette question qui s’estompe au fil des descriptions.

Malgré tout, certaines scènes restent très belles comme par exemple celle de la grotte de Lascaux ou encore celle où Paula découvre l’illusion de la peinture :  “Étonnée, elle se tourne vers les boiseries et recommence, recule puis avance, touche, comme si elle jouait à faire disparaître puis à faire revenir l’illusion initiale, progresse le long du mur, de plus en plus troublée tandis qu’elle passe les colonnes de pierre, les arches sculptées, les chapiteaux et les moulures, les stucs, atteint la fenêtre, prête à se pencher au-dehors, certaine qu’un autre monde se tient là, juste derrière, à portée de main, et partout son tâtonnement lui renvoie de la peinture.

Mais ce passage perd un peu de son impact car c’est le petit quelque chose qu’on attend depuis le début du livre. On comprend alors dans cette scène le titre du roman : en admirant le fac-similé, Paula a l’impression qu’un nouveau monde s’offre à elle derrière ces peintures. En bref, je suis quelque peu déçu par ce roman, par son écriture qui, malgré une magnifique histoire qui revient sur l’histoire de la peinture jusqu’à son commencement, m’a laissé sur ma faim.

Martin 2D1

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